Emma Saidi, thérapeute holistique spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire (TCA), est la créatrice du compte instagram « sweet.om.sophro » où elle partage quotidiennement ses réflexions et surtout ses conseils autour des TCA mais pas que. Formée entre autre à la sophrologie, la gynécologie holistique et à l’énergétique, Emma possède une approche pluridisciplinaire pour vous accompagner sur le chemin de la guérison.
En attendant, filez sur son compte insta pour votre dose de conseils.

1) Peux-tu nous donner la définition d’un TCA ?
Un TCA est une perturbation du rapport à l’alimentation qui entraîne des répercussions mentales et physiques.
Dès lors qu’on perd de vue que se nourrir est un acte naturel, a fortiori un besoin vital, le rapport à l’alimentation est troublé et si la culpabilité et la honte s’en mêlent, on peut très vite tomber dans le cercle vicieux des TCA.

2) L’anorexie est certainement le trouble que l’on connaît le plus, mais il en existe d’autres. Quels sont-ils et quelles sont leurs spécificités ?
L’anorexie mentale est connue du grand public, certes, mais d’une façon souvent erronée ! On imagine qu’elle concerne des jeunes femmes qui se privent de manger pour être minces et ressembler à leurs stars préférées. On est loin de la réalité ! La restriction calorique est la base de cette pathologie, la perte de poids alliée à la peur de grossir et à la dysmorphophobie sont des conséquences, mais le point de départ ne répond pas à une stratégie de séduction. On y tombe sans s’en rendre compte et souvent elle vient combler un grand manque de confiance et d’estime de soi.

Les autres TCA remplissent également cette fonction de bouée de sauvetage. Les spécificités sont différentes mais encore une fois, l’alimentation n’est que le moyen d’expression d’un mal-être plus profond.

La boulimie se caractérise par une prise alimentaire très importante, entre les repas. Les aliments ne sont pas toujours choisis ni désirés, ils répondent à l’urgence de la « crise ». Le sentiment de perte de contrôle est dévastateur, entraînant culpabilité, honte et dégoût de soi. La personne boulimique ne souhaitant pas grossir met en place des stratégies pour maintenir son poids. Certaines alternent entre phases restrictives et crises, on parlera alors d’anorexie boulimie.

Les compulsions alimentaires (hyperphagie) se caractérisent également par l’ingestion d’une quantité importante d’aliments entre les repas, mais ceux-ci sont généralement choisis et appréciés. La compulsion ne répond pas à une faim physiologique, le sentiment de perte de contrôle l’accompagne également, mais aucune stratégie compensatoire n’est mise en place. Il y a donc une prise de poids qui renforce le mal-être.

Ce sont les principaux TCA mais on peut également ajouter le grignotage compulsif, lorsque la personne ne fait aucun repas mais mange tout au long de la journée, des petites quantités, sans réellement s’en rendre compte, le « Night eating Syndrom » caractérisé par de grosses prises alimentaires nocturnes, et l’orthorexie, qui touche les personnes obnubilées par leur santé, l’alimentation et le mode de vie « healthy ».

3) Quelles sont les personnes les plus susceptibles de présenter un TCA ? 
Nous venons de le voir, un TCA peut se présenter sous plusieurs aspects, de ce fait, il peut toucher n’importe quelle personne en conflit avec ses émotions (suite à un trauma ou pas). Bien souvent, on s’aperçoit qu’un facteur en cache un autre. Je ne préfère donc pas dresser le portrait du client idéal aux TCA ! Ce serait réducteur et culpabilisant (les discours sur la mère ultra-protectrice et le père absent me semblent totalement obsolètes).

S’il faut circonscrire le terrain, on peut dire que l’anorexie et la boulimie sont plus fréquentes chez les jeunes, notamment les femmes, mais l’hyperphagie, ce que l’on nomme « alimentation émotionnelle », ou encore l’orthorexie peuvent toucher tout le monde, à n’importe quel âge.

Concernant l’anorexie et la boulimie, je tiens vraiment à insister sur le fait qu’elles ne sont pas l’apanage des adolescentes brillantes, issues de milieux aisés. Des enfants de huit ans comme des adultes peuvent en souffrir.

4) Quelles sont les origines des TCA ?
Environ 70 % des malades anorexiques ou boulimiques sont entrés dans la maladie suite à un régime. Néanmoins, un TCA est multifactoriel et ne se limite pas à une problématique de poids et d’alimentation. Le manque de confiance en soi, une mauvaise estime de soi, une difficulté à exprimer ses émotions, le perfectionnisme, le besoin de contrôle… favorisent son éclosion, mais toute personne souffrant d’un manque d’estime d’elle-même ne développera pas un TCA. Encore une fois, c’est complexe et toute tentative de définition est réductrice.

Les scientifiques cherchent toujours les mécanismes qui favoriseraient le développement des TCA. Il existerait une prédisposition génétique aux conduites de dépendance, auxquelles ils s’apparentent. La santé du microbiote pourrait aussi influencer les comportements alimentaires, notamment les compulsions.

Il existe autant d’origines que de patients !

5) Comment reconnaître les signes que mon adolescent(e) souffre d’un trouble ?
Lorsqu’on souffre de TCA, a fortiori d’anorexie et de boulimie, on devient maître dans l’art de la dissimulation ! Néanmoins, des signes peuvent alerter les parents, pour peu qu’ils se donnent la peine d’observer leurs enfants et de regarder la réalité en face. Avant même que la perte de poids ne mette la santé de l’ado en jeu, les parents constateront des changements dans son comportement lors des repas. Un ado qui prétend de plus en plus souvent ne pas avoir faim, qui ne finit pas son assiette, en trie le contenu, restreint les quantités et évince des catégories d’aliments (matières grasses, féculents, produits sucrés), quitte la table au cours du repas, reste longuement enfermé dans les toilettes… mérite toute notre attention. S’il s’isole de plus en plus, travaille d’arrache-pied, court après les bonnes notes, se montre de plus en plus perfectionniste, développe une hyperactivité, il faut également s’inquiéter. Enfin, si lorsqu’on le confronte à sa perte de poids la répartie fuse, glaçante et agressive : « Mais non je ne suis pas maigre, X et Y sont bien plus minces que moi », c’est aussi un signe qu’un protocole de soin doit être envisagé.

6) Outre la médecine généraliste et la psychothérapie, y-a-t’il d’autres approches pour traiter les TCA ?
La prise en charge des TCA nécessite un accompagnement pluridisciplinaire. Je ne suis pas  favorable à l’hospitalisation systématique. C’est un mal parfois nécessaire, mais au contrat de poids, je préfère le contrat de confiance, et celui-ci pourra se nouer entre l’adolescent et tout thérapeute spécialisé, formé aux TCA qui saura lui offrir un espace d’accueil et d’écoute de qualité. Il est important de prendre en compte tous les aspects de la maladie et d’associer les approches nutritionnelle/ diététique, comportementale (les TCC) et psychanalytique. Le parcours de soin doit permettre à l’ado de comprendre pourquoi il est tombé dans cet engrenage mais surtout comment et pourquoi en sortir !

Les approches psycho-corporelles, comme la sophrologie, ont toute leur place dans l’accompagnement des TCA pour permettre, notamment, de recréer ce lien entre le corps et l’esprit.

Les groupes de soutien, animés par des patients experts ou des soignants, sont très pertinents également, tout comme la thérapie familiale. Un TCA impacte toute la famille, parents, frères et sœurs peuvent aussi être pris en charge si besoin.

Il est important de stabiliser le poids et de résoudre le conflit avec l’alimentation mais aussi de restaurer la confiance, l’estime et l’amour de soi, de renouer avec son identité, ses rêves, ses valeurs de vie, car la maladie ne détruit pas seulement le corps, elle éloigne le malade de son être profond et de sa vie sociale. 


7) Tu as toi même été anorexique et tu es à présent guérie. Quel message voudrais-tu faire passer aux parents mais aussi aux jeunes qui nous liront ? 

Je souhaite tout d’abord dire aux parents qu’un TCA n’est pas un caprice. Si au début, il peut y avoir cet désir malheureusement courant de perdre quelques kilos (nous vivons dans une société qui raffole de la minceur), lorsque la spirale s’affole, la volonté seule ne suffit pas à retrouver un comportement « normal ». N’adoptez pas une attitude culpabilisante et oppressive. Votre ado souffre déjà suffisamment. Soyez au contraire, présents, patients, bienveillants et compréhensifs. N’hésitez pas à vous faire soutenir par un professionnel ou un groupe d’entraide.

A la puberté le corps change, notamment chez les filles dont le tissu adipeux augmente. Avec l’apparition des règles et des formes féminines, ce n’est pas simple de trouver ses repères. Les premières amours, les choix d’orientation scolaire, les éventuels conflits familiaux, rendent cette période charnière très délicate. C’est un terrain accueillant pour les TCA. Il est néanmoins possible de les maintenir à distance en adoptant soi-même, en tant que parent, un comportement responsable, en ne prônant ni le culte de la minceur ni les régimes.

Un TCA n’est pas un choix, c’est une maladie. En sortir demande de l’engagement mais aussi de la patience et beaucoup de bienveillance, de la part du patient et de son entourage. Ce sont, à mon sens, les éléments essentiels à un parcours de guérison que chacun doit garder en tête.

Merci Infiniment Emma pour ces précieuses informations.